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Sacré Saint-Jérôme

J’ai récemment eu la chance de me rendre à Prague, où j’ai visité le musée de l’alchimie. Les alchimistes, financés par Rodolphe II de Habsbourg au 17ème siècle, exerçaient leurs travaux dans le plus grand secret, à cause de la réprobation de l’Église alors toute-puissante. Leur laboratoire souterrain comportait trois tunnels : l’un menant au marché où acheter des plantes pour leurs remèdes, l’autre pour se rendre directement dans les appartements du souverain, et le dernier menant juste en-dehors des portes de la ville en cas de fuite précipitée.

Deux des alchimistes étaient chrétiens – et, malgré les veto du Vatican, ne voyaient pas de contradiction entre leur foi et la pratique de leur art –, le troisième était le célèbre rabbi Löwe, créateur du golem que l’on retrouve un peu partout dans la ville.

Le laboratoire a été abandonné et redécouvert en 2006, à la faveur d’une inondation. Il a été réhabilité et ouvert au public. L’un des premiers gestes de notre guide a été de nous montrer un lustre montrant quatre têtes d’hommes couverts de magnifiques bois de cerf.

(Malheureusement, la basse lumière ne m’a pas permis de prendre des photos.)

— Que vous évoquent ces cornes ? Le diable, n’est-ce pas ? demande ntore guide d’un air fin.

Nous avons hoché la tête.

— Ce n’est pas du tout le cas. Il s’agit des quatre apôtres. Saint Jérôme, le premier traducteur de la Bible, a fait une erreur : il a interprété un terme hébreu comme « cornu » tandis que nous l’interprétons aujourd’hui comme « auréolé ». Il existe donc plusieurs représentations des saints ou des apôtres portant des cornes. Cela n’a rien de satanique.

Faut-il chanter « sacré Saint-Jérôme » sur l’air de « Sacré Charlemagne » ?

Changes of Fortune, Changes of Culture: Force Majeure Clauses

Most contracts written in English contain a clause named “Force Majeure”. The term is imported from French and the notion can be traced back to the Roman Empire, which included, at some point, both Great Britain and France. The logical assumption would be, then, that Force Majeure clauses are similar in both languages. It would be simple, wouldn’t it? It would make a translator’s job easy, wouldn’t it? Well, that’s not the way it is.

Let’s start by defining what Force Majeure is. A Force Majeure event waives a person’s responsibility to perform their duties according to the contract they signed (this person is usually called a “party”). The French Civil Code states that Force Majeure events are “unforeseeable, irresistible and exterior” (art. 1148) to the party. This is intended as a guideline to imagine whether a given event is, indeed, Force Majeure. The reader is implicitly trusted to be reasonable in their interpretation. English contracts have the opposite approach: their clause lists events, thus reducing the margin for interpretation.

The original Roman clauses included, among other, earthquakes, floods and pirate ship attacks. These dangers still exist today, although sea piracy is much restricted geographically, and almost never mentioned in contemporary Force Majeure clauses. Instead, they enumerate strikes, lock-outs and the mysterious “act of God”. And this is where a French translator will scratch their head, sigh, and dive in research.

A translator bravely launching in research work: artist’s view (image taken from The Pirates! In An Adventure With Scientists!, directed by Peter Lord and Jeff Newitt, based on a story by Gilden Defoe)

The phrase originated in religious texts of the 13th century in Great Britain and progressively found its way into legal documents. It was mentioned in a 1803 ruling and by the mid-19th century, it was widely used in commercial contracts. “Acts of God” describes acts that do not have a human origin, and that are attributed to God as a consequence, for want of a better explanation. Examples given are frequently natural phenomena such as storms.

To come across this phrase for the first time can be profoundly awkward for a translator steeped in a secular culture, as in France, where state and religion are separate since 1905. After all, the United Kingdom still has an official religion and the United States require that their president swear an oath on the Bible; in these countries, qualifying an event of “act of God” should not be as shocking as it is in France.

So, how can one translate “act of God”? First and foremost, there is no real equivalence. It is advisable to include the original term in parentheses after the phrase chosen for translation. The audience intended for a legal translation knows that there is an original version and, often, that the original will prevail over the translation should a conflict of interpretation arise.

Then, as instances of acts of God are natural phenomena, it is possible to translate it as “catastrophes naturelles (act of God)”. The problem is that English contracts often list natural catastrophes such as storms, floods, fires, etc. One runs the risks of repeating oneself.

Another possibility is to use the term “cas fortuit”, or literally “fortuitous case”. In French law, this notion cannot be separated from Force Majeure and it means that the cause of the event is not known. Acts of God are attributed to God “by default”. Therefore, it can be acceptable to mention “cas fortuit (act of God)”, to indicate that the cause is not known, but definitely not human.

Force Majeure clauses also foresee acts of government. This expression is fairly straightforward, but is has a tricky French counterpart: “fait du Prince”.

This phrase can be included in the larger category of “imprévisible” (that which cannot be foreseen) designating specifically an act of the government that could not have been predicted.

Yet “fait du prince” — which is undoubtedly a relic of the past since France has not been a monarchy since more than a century — can have two different implications. In administrative law, and contracts where administration is a party, it implies that the administration is liable to indemnify the other party for any damage caused. Force Majeure clauses list cases where parties can be exonerated from their duties, don’t they? Then, in such cases, “fait du prince” cannot be used.

In private law, on the contrary, it can be used to translate “acts of Government” since it exonerates a party of their responsibility to perform their duties. One specific instance could be the French government’s decision to open up the online gambling market. Had the Parliament refused to approve the law, contrary to expectations, agreements regarding online gambling in France could not have been enforced and this would have been due to a Force Majeure event.

Force Majeure. Two words and one concept shared across two neighbouring countries. Two very different wordings: on the one hand, a concise set of guidelines for interpretation, on the other, a long list of concrete examples with one “trump card”, as it were, leaving room for the as-yet unimagined. This is the sort of hurdles a translator must overcome to do their deceptively simple work.

Intraduisible, moi ? Jamais !

Pourquoi et comment les Chinois adoptent des noms anglais

En avril 2009, Betty Brown, sénatrice de l’État du Texas, s’est plainte de la difficulté posée par les noms chinois. « Plutôt que d’obliger tout le monde ici à apprendre le chinois — une langue très difficile, d’après mes connaissances —vous et vos concitoyens ne pourriez-vous pas vous donner la peine d’adopter un nom qui serait plus facile pour nous ? » a-t-elle vertement déclaré à Ramey Ko, jeune représentant des Américains d’origine asiatique, qui se plaignait des difficultés rencontrées par les citoyens d’origine chinoise lors de leurs démarches administratives : leurs noms chinois, transcrits dans l’alphabet latin, présentaient souvent des différences d’un document à l’autre.
(Citation originale : « Rather than everyone here having to learn Chinese—I understand it’s a rather difficult language— do you think that it would behoove you and your citizens to adopt a name that we could deal with more readily here? »)
Pourtant, on ne peut pas dire qu’ils compliquent à dessein la tâche de l’administration : souvent, ils ont un nom américain en plus de leur nom d’origine.
Le phénomène du double nom ne se limite pas aux citoyens des États-Unis. Désormais, de nombreux Chinois, souhaitant travailler avec des entreprises occidentales, dans leur pays ou ailleurs, emploient également un nom à consonance anglaise. On peut dire qu’il s’agit d’une forme extrême d’autotraduction. Si la plupart se choisissent un prénom et gardent leur nom de famille, d’autres se choisissent également un nom de famille et l’adoptent, disposant ainsi de deux identités coexistantes, l’une pour les papiers, l’autre pour le reste.
En Chine, le nom anglais est généralement attribué à l’école. Le professeur qui inscrit les noms au tableau et les élèves choisissent chacun leur tour. Pour les Chinois qui adoptent une nouvelle identité, l’intérêt est de mieux communiquer avec des interlocuteurs occidentaux, et aussi de signaler à un employeur, fût-il un compatriote, qu’ils sont flexibles et tournés vers l’international.
La pratique peut sembler étrange à des Occidentaux, habitués à considérer leur nom comme une extension de leur personnalité. Adopter un autre nom, n’est-ce pas se compromettre, renoncer à soi-même? Sans compter que cela peut également être perçu comme la reconnaissance implicite que les Occidentaux sont trop paresseux ou trop nombrilistes pour faire l’effort de retenir un nom exotique, qui n’est souvent constitué, de plus, que d’une ou deux syllabes. D’ailleurs, l’exemple de Betty Brown le prouve, c’est parfois vrai.
Pour les Chinois, cette double appellation n’a rien d’un drame. D’une part, ce deuxième nom n’est qu’une étiquette parmi d’autres, et de toute façon, la plupart des habitués des forums ou des réseaux sociaux n’adoptent-ils pas déjà des pseudonymes ? D’autre part, si les noms leur sont souvent imposés, ils les choisissent parfois eux-mêmes, non sans inventivité : à ce sujet, on peut voir la courte vidéo (en anglais) réalisée par l’équipe de Sexy Beijing, une série de mini-reportages en anglais sur la ville reprenant le modèle de Sex & the City.
Pour autant, leur premier nom n’est pas dénué de sens à leurs yeux. Les prénoms chinois désignent des qualités, comme la force, l’intelligence ou l’honnêteté, et reflètent les souhaits de la famille pour l’enfant. Le deuxième nom, auquel ils n’ont pas d’attachement affectif, leur permettrait alors de faire une coupure supplémentaire entre vie privée et vie professionnelle.
Qu’en est-il du phénomène inverse ? Les Occidentaux adoptent-ils des prénoms chinois ?
Depuis longtemps, des vendeurs à la sauvette proposent des pendentifs contenant un grain de riz où le prénom serait gravé en idéogramme. Les tatouages de sinogrammes sont également très populaires, à défaut d’être toujours fidèles à l’intention de leur propriétaire. Cela ne manque d’ailleurs pas de réjouir Chinois, sinophones et grand public, qui peuvent se moquer des erreurs commises sur des blogs comme Hanzi Smatter. La victime la plus célèbre est sans nul doute Johnny Hallyday, qui a voulu se faire tatouer le prénom de sa fille, Jade. Le tatoueur aurait dû lui tatouer un seul idéogramme. Malheureusement, il a choisi d’épeler le prénom, soit un tatouage inexact et quatre fois plus long. Sachant que le procédé consiste à se faire transpercer la peau avec des aiguilles, on hésite à rire ou à plaindre les tatoués d’impropriétés…
Dans la plupart des cas, donc, on ne dépasse pas le stade du gadget, même si certains Occidentaux installés en Chine ou travaillant en collaboration étroite avec des Chinois adoptent une translittération de leur nom en chinois, comme Su Fei, la présentatrice de Sexy Beijing. Pour un esprit occidental, se choisir un deuxième prénom étranger reste un geste fort, symbole d’une volonté d’assimilation dans un pays différent.
L’auteur d’un article du site web anglais Slate sur le sujet, lui-même Américain d’origine chinoise, a reconnu que son nom était une part trop importante de son identité pour le changer ou en adopter un autre. Citoyen américain, il n’en garde pas moins son nom chinois, et ce, précisément parce qu’il s’est américanisé.
Après quelques protestations, la sénatrice Betty Brown s’est finalement excusée. Il était pourtant assez amusant de croire que se contenter de reconnaître des prénoms équivalait à maîtriser une langue ; ceux qui apprennent le chinois, pour des raisons professionnelles ou par intérêt pour cette culture millénaire, apprécieront.

Cet article a été écrit pour le site de l’agence Transenter en 2010. Comme leur blog n’est plus actif, je le republie ici.

Inauguratie — L’investiture

Aujourd’hui, 100 jours se sont écoulés depuis l’investiture de Trump à la présidence des Etats-Unis. Pour marquer l’occasion, voici la traduction d’une courte nouvelle de Thomas Olde Heuvelt parue en néerlandais dans le Dagblaad le 20 janvier.

Thomas Olde Heuvelt est l’auteur de Hex, à paraître chez Bragelonne sous une traduction de Benoît Domis. Déjà paru en néerlandais et en anglais, ce roman d’horreur a été salué par nul autre que Stephen King.

Thomas Olde Heuvelt est aussi l’auteur de nouvelles traduites en anglais que je vous recommande fortement, dont « The Day The World Turned Upside Down » et « The Boy Who Cast No Shadow », nominé pour le prix Hugo.

***

L’investiture

Ce jour-là, le monde est tombé sur la tête sans que nous ne sachions pourquoi. Certains d’entre nous se sont demandé si c’était de notre faute, si nous avions prié les mauvais dieux ou dit ce qu’il ne fallait pas. Mais non. Le monde était tombé sur la tête, voilà tout.

Les savants qui avaient eu la chance de survivre avançaient que la gravité n’avait pas disparu en tant que telle, mais qu’elle s’était pour ainsi dire égarée, comme si notre planète avait perdu toute sa masse d’un coup, comme ça, pour rire, et qu’une chose énorme était venue l’encercler. Les croyants qui avaient eu le malheur de survivre à cet extraordinaire phénomène disaient que Dieu donnait et reprenait, et qu’Il ne faisait que reprendre après avoir donné pendant tant d’années. Mais il n’y avait pas de chose énorme, et être pris par Dieu est un cadeau discutable.

L’évènement s’est produit comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu, juste après l’inauguration du vieil homme à la télévision. Il y eut un moment, un moment magique, où nous avons pu voir nos salons planer tandis que nous étions interrompus au beau milieu de ce que nous étions en train de faire, lèvres arrimées à une tasse de café à moitié renversée pour certains, corps en pleine étreinte amoureuse et en chute libre pour d’autres, messieurs âgés tendant la main vers leurs perruques glissantes, enfants criant et chats glapissant, tous entourés par nos possessions comme autant d’astéroïdes ; oh, ce fut un moment de folie absolue, suspendu dans le temps.

Alors commencèrent les craquements et les cliquetis, les mugissements et les cris. Et ce fut le chaos. Nous avons percuté nos plafonds en hurlant et nous sommes retrouvés aplatis sous les gravats de notre ancienne vie. Des crânes craquèrent. Des nuques se rompirent. Des bébés rebondirent. La plupart d’entre nous moururent sur le coup ou restèrent coincés à nous agiter dans des trous creusés dans des plafonds de plâtre. Nous, les survivants, étions étendus, stupéfaits, incrustés sur les toits, la dernière image retransmise par la télévision gravée pour toujours dans nos rétines : le vieil homme blond, deux doigts dressés, disant : « So help me God. ».

Mais dehors, c’était pire. Avant qu’on ne comprenne que le ciel n’était plus au-dessus de nous, mais au-dessous, beaucoup de gens tombèrent d’un coup de la surface de la Terre. En un rien de temps, l’air se remplit de politiciens chutant et de critiques dégringolant, de traités commerciaux flottants et de procès claquants, d’immigrants se débattant et de minorités tournoyantes, des hommes blancs en colère et des murs jamais construits, des sirènes hurlantes et des têtes nucléaires en fusion enflammaient le ciel. Des journalistes de télévision roulèrent des portiques de leurs chaînes jusqu’à des appentis crevassés, fixèrent de leurs yeux écarquillés les profondeurs incommensurables de l’autre côté et s’interrogèrent : est-ce nous qui l’avons créé ?

Le climat lui-même disparut, et avec lui les accords sur le climat, et personne ne saurait jamais lequel des deux avait disparu le premier. Une taupe qui pointait son museau hors de son trou fut attrapée par la gravité et une baleine en plein saut ne devait plus jamais retrouver la mer. Fatiguée de son fardeau, notre mère la Terre secoua tout ce qu’elle ne pouvait plus supporter.

L’atmosphère s’effondra en flèche. Des avions de combat, des satellites d’espionnage et des stations spatiales disparurent dans le vide et même notre bonne vieille Lune nous fut retirée. Elle rapetissa sous nos yeux en parcourant son triste chemin vers le Soleil, sans même nous dire adieu.

Et le vieil homme ? Il était seul à cet instant.

Il se tenait debout devant un miroir du bureau ovale et ne faisait rien. Il ne lisait pas de livre, il ne regardait pas la télévision. Il n’était même pas en train d’envoyer un tweet. Le monde venait de disparaître ? Il ne l’avait pas remarqué. Tout ce qu’il essayait de faire, c’était nouer sa cravate, mais ses mains tremblaient trop.

Le vieil homme voulait mourir. Plus que n’importe qui d’autre, il avait une peur bleue de ce que l’avenir réservait. La plaisanterie était allée trop loin. Il n’avait jamais vraiment voulu qu’elle se concrétise.

Une force inconnue voulait le contraindre à sortir. Au-dehors s’élevaient les éternels cris d’allégresse, les acclamations, les accolades et le venin des foules, tandis que le grondement s’approchait, gagnant en force. Il savait ce qu’il avait promis de faire son premier jour ; quels accords il allait rompre et quels ordres exécutifs il allait signer. Mais à présent que le moment était venu, il ne pouvait s’y résoudre.

Les yeux écarquillés, il contempla son reflet et chuchota sa prière. Make. America. Great. Again.

© Thomas Olde Heuvelt

Merci à l’auteur de m’avoir autorisé à mettre cette traduction en ligne.

Février : petit parcours émotionnel

J’ai utilisé récemment les cartes des émotions de l’excellente Bougrie pour lire une histoire à ma fille :

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Nous avons donc suivi le parcours émotionnel du petit renard, dont la colère cachait de la tristesse, elle-même causée par de l’inquiétude… Il finit rassuré par sa mère, puis content.

L’invitation à l’écriture de ce mois-ci est d’écrire une petite histoire dont le protagoniste suive le même parcours émotionnel :

colère – tristesse – inquiétude – être rassuré(e) – contentement

Si vous séchez, vous pouvez avoir le choix entre deux personnages et deux cadres.

Les personnages :

  1. Un jeune homme timide et trop prudent.
  2. Une mamie indigne, sarcastique, et qui se roule ses cigarettes en cachette.

Le cadre :

  1. Un vaisseau spatial en route pour la première colonie martienne, dans un avenir proche.
  2. Un salon de thé de luxe perdu dans une petite ville à l’économie sinistrée.

20 à 30 minutes devraient suffire. Limiter le temps imparti permet d’écrire sans se censurer, et donc de laisser libre cours à son imagination.

 

 

Janvier, le mois de Janus

Le mois de janvier tient son nom du dieu romain Janus, dieu à double visage : l’un tourné vers le passé et l’autre vers l’avenir.

Janus bifrons, un visage tourné vers le passé et l'autre vers l'avenir
(du blog Masculine Faces: Life and Art, http://hairymouthfuls.tumblr.com/)

Par un beau soir, des amis évoquent les héros de leur enfance, notamment Fifi Brindacier, délicieusement originale, indépendante et intelligente. À quoi ressemblerait-elle à l’âge adulte ?

L’un d’entre eux consacrera beaucoup de temps et d’effort à répondre à cette question. Il s’agit du journaliste suédois Stieg Larsson, dont la trilogie Millenium est devenue un best-seller. Fifi Brindacier y est devenue Lisbeth Salander, une hackeuse géniale et rétive à toute norme. Une chose est sûre : avec sa vie et son caractère, on n’est pas dans les contes pour enfants.

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Repensez au premier héros ou à la première héroïne de fiction qui vous ait marqué dans votre enfance. 20 ans après ses aventures, à quoi ressemblerait cette personne ? Quels traits a-t-elle gardé de son passé, comment a-t-elle évolué ?

Pour vous accompagner, une chanson d’un groupe de rock prog italien des années 70 du nom de Janus.

A l’abordage !

La frégate vogue par mer calme. Parfait. Le bateau pirate s’approche et, une fois en vue de l’équipage, hisse le drapeau noir avec la tête de mort. Le guetteur de la frégate hurle l’alerte.

Sur le pont, le chef des pirates arbore un sourire narquois. Il s’appelle Barbe-blonde, il est le capitaine des pirates, a votre veste rapiécée qu’il changera contre celle du prochain capitaine qu’il vaincra, son fidèle mousqueton, et son envie d’en découdre…

Au moment de l’abordage, le capitaine du bateau, un homme mûr et fort dénommé Vaillant, s’enfuit à toutes jambes pour s’enfermer dans sa cabine.

— Battez-vous, matelots ! Je reviens tout de suite ! hurle-t-il en partant.

Courageux, celui-là. Si les matelots gagnent contre Barbe-blonde et son équipage, à tous les coups ils vont faire une mutinerie ensuite. Qu’importe. Les pirates viennent du Belistan et la frégate de Carbénie, nation ennemie du Belistan depuis des générations, depuis cette période sombre où la Carbénie a pillé l’or d’une région du Belistan et réduit la population en esclavage pour exploiter les mines. Le Belistan a fini par les vaincre, mais la rancune est tenace.

À présent, à vous d’écrire la suite de l’histoire. Mais quel point de vue allez-vous adopter ?

– celui de Barbe-blonde, chef des pirates ?

– celui de Vaillant, qui pourrait bien créer la surprise en ressortant de sa cabine, et se montrer digne de son nom ?

Vous devez choisir une option et écrire comment se déroule l’attaque. Durée : entre 20 et 30 minutes. Conseil : Mettez un chronomètre 🙂

Pour vous accompagner, vous avez le choix entre musique calme :

Alela Diane, The Pirate’s Gospel

ou plus vitaminée :

The Beastie Boys, Sabotage

Deuxième invitation à l’écriture :

Qui sont les pirates aujourd’hui ? Qui sont les destructeurs, les pilleurs ? Il y a les pirates au sens historique, qui opèrent par exemple au large de la Somalie, il y a les saboteurs de projet, il y a les pulvériseurs de bonne humeur… Il y a les pirates au sens large du terme, il y a les pirates du quotidien, les pirates au petit pied… Parfois, on est même son propre pirate ! Comment agissent-ils, et pourquoi ?

A titre d’exemple, Laurel, dessinatrice de BD, décrit dans sa BD Comme convenu/The Daily Struggle les (més)aventures d’une dessinatrice et d’un codeur bien naïfs, dont le rêve de vivre en Californie dans la baie de San Francisco leur vaut d’être manipulés par des « hommes d’affaires » sans scrupule.

Le Daily Struggle / Comme convenu