Intraduisible, moi ? Jamais !

Pourquoi et comment les Chinois adoptent des noms anglais

En avril 2009, Betty Brown, sénatrice de l’État du Texas, s’est plainte de la difficulté posée par les noms chinois. « Plutôt que d’obliger tout le monde ici à apprendre le chinois — une langue très difficile, d’après mes connaissances —vous et vos concitoyens ne pourriez-vous pas vous donner la peine d’adopter un nom qui serait plus facile pour nous ? » a-t-elle vertement déclaré à Ramey Ko, jeune représentant des Américains d’origine asiatique, qui se plaignait des difficultés rencontrées par les citoyens d’origine chinoise lors de leurs démarches administratives : leurs noms chinois, transcrits dans l’alphabet latin, présentaient souvent des différences d’un document à l’autre.
(Citation originale : « Rather than everyone here having to learn Chinese—I understand it’s a rather difficult language— do you think that it would behoove you and your citizens to adopt a name that we could deal with more readily here? »)
Pourtant, on ne peut pas dire qu’ils compliquent à dessein la tâche de l’administration : souvent, ils ont un nom américain en plus de leur nom d’origine.
Le phénomène du double nom ne se limite pas aux citoyens des États-Unis. Désormais, de nombreux Chinois, souhaitant travailler avec des entreprises occidentales, dans leur pays ou ailleurs, emploient également un nom à consonance anglaise. On peut dire qu’il s’agit d’une forme extrême d’autotraduction. Si la plupart se choisissent un prénom et gardent leur nom de famille, d’autres se choisissent également un nom de famille et l’adoptent, disposant ainsi de deux identités coexistantes, l’une pour les papiers, l’autre pour le reste.
En Chine, le nom anglais est généralement attribué à l’école. Le professeur qui inscrit les noms au tableau et les élèves choisissent chacun leur tour. Pour les Chinois qui adoptent une nouvelle identité, l’intérêt est de mieux communiquer avec des interlocuteurs occidentaux, et aussi de signaler à un employeur, fût-il un compatriote, qu’ils sont flexibles et tournés vers l’international.
La pratique peut sembler étrange à des Occidentaux, habitués à considérer leur nom comme une extension de leur personnalité. Adopter un autre nom, n’est-ce pas se compromettre, renoncer à soi-même? Sans compter que cela peut également être perçu comme la reconnaissance implicite que les Occidentaux sont trop paresseux ou trop nombrilistes pour faire l’effort de retenir un nom exotique, qui n’est souvent constitué, de plus, que d’une ou deux syllabes. D’ailleurs, l’exemple de Betty Brown le prouve, c’est parfois vrai.
Pour les Chinois, cette double appellation n’a rien d’un drame. D’une part, ce deuxième nom n’est qu’une étiquette parmi d’autres, et de toute façon, la plupart des habitués des forums ou des réseaux sociaux n’adoptent-ils pas déjà des pseudonymes ? D’autre part, si les noms leur sont souvent imposés, ils les choisissent parfois eux-mêmes, non sans inventivité : à ce sujet, on peut voir la courte vidéo (en anglais) réalisée par l’équipe de Sexy Beijing, une série de mini-reportages en anglais sur la ville reprenant le modèle de Sex & the City.
Pour autant, leur premier nom n’est pas dénué de sens à leurs yeux. Les prénoms chinois désignent des qualités, comme la force, l’intelligence ou l’honnêteté, et reflètent les souhaits de la famille pour l’enfant. Le deuxième nom, auquel ils n’ont pas d’attachement affectif, leur permettrait alors de faire une coupure supplémentaire entre vie privée et vie professionnelle.
Qu’en est-il du phénomène inverse ? Les Occidentaux adoptent-ils des prénoms chinois ?
Depuis longtemps, des vendeurs à la sauvette proposent des pendentifs contenant un grain de riz où le prénom serait gravé en idéogramme. Les tatouages de sinogrammes sont également très populaires, à défaut d’être toujours fidèles à l’intention de leur propriétaire. Cela ne manque d’ailleurs pas de réjouir Chinois, sinophones et grand public, qui peuvent se moquer des erreurs commises sur des blogs comme Hanzi Smatter. La victime la plus célèbre est sans nul doute Johnny Hallyday, qui a voulu se faire tatouer le prénom de sa fille, Jade. Le tatoueur aurait dû lui tatouer un seul idéogramme. Malheureusement, il a choisi d’épeler le prénom, soit un tatouage inexact et quatre fois plus long. Sachant que le procédé consiste à se faire transpercer la peau avec des aiguilles, on hésite à rire ou à plaindre les tatoués d’impropriétés…
Dans la plupart des cas, donc, on ne dépasse pas le stade du gadget, même si certains Occidentaux installés en Chine ou travaillant en collaboration étroite avec des Chinois adoptent une translittération de leur nom en chinois, comme Su Fei, la présentatrice de Sexy Beijing. Pour un esprit occidental, se choisir un deuxième prénom étranger reste un geste fort, symbole d’une volonté d’assimilation dans un pays différent.
L’auteur d’un article du site web anglais Slate sur le sujet, lui-même Américain d’origine chinoise, a reconnu que son nom était une part trop importante de son identité pour le changer ou en adopter un autre. Citoyen américain, il n’en garde pas moins son nom chinois, et ce, précisément parce qu’il s’est américanisé.
Après quelques protestations, la sénatrice Betty Brown s’est finalement excusée. Il était pourtant assez amusant de croire que se contenter de reconnaître des prénoms équivalait à maîtriser une langue ; ceux qui apprennent le chinois, pour des raisons professionnelles ou par intérêt pour cette culture millénaire, apprécieront.

Cet article a été écrit pour le site de l’agence Transenter en 2010. Comme leur blog n’est plus actif, je le republie ici.

Only So Many To Go Around

English

This summer, I attended a 3-day workshop to make a RepRap, that is to say a 3D printer. We had the pleasure of meeting Adrian Bowler, the original inventor of the RepRap, and Josef Prusa, who designed the machine we built.
Adrian Bowler explained to us how he came to coin the term RepRap: he was looking for something short, simple and descriptive, like most business or product designers. He settled on Replicating Rapid Protoype and shortened it to RepRap, thinking it was a previously unused term… And as it turned out, he was wrong. Reprap is a term used in oceanography, and as it turns out, oceanographers are having a much harder time of it googling the term now, or providing visibility for their research.

Such are the challenges awaiting those who seek to name a brand or a product, and expanding internationally comes with its own challenges. This is when the services of translators might also come into play: they can be used as consultants to say if the name is already taken in a specific country, if it means something in the target language and if yes, what that means. For instance, Lush’s henna Caca rouge and Caca marron may well be a deliberate choice, and one suited to their target customers, but it would take a French-, Italian- or Spanish-speaking person a hefty dose of irony and trust for the brand to apply « poo » on their hair!

To borrow a conclusion from the great Terry Pratchett, as told by officer Carrot in The Fifth Elephant, “When you think about it, there are so many syllables to go around.”

Français

Cet été, j’ai participé pendant trois jours à un atelier de fabrication d’une RepRap, c’est-à-dire d’une imprimante en trois dimensions. Nous avons eu le plaisir de rencontrer Adrian Bowler, l’inventeur de la RepRap, ainsi que Josef Prusa, qui a conçu le modèle que nous avons construit.
Adrian Bowler nous a expliqué comment il avait choisi d’employer le terme de RepRap : il cherchait un nom court, simple et clair, comme la plupart des concepteurs de produits et d’entreprises. Son choix s’est finalement porté sur Rapid Replicating Prototype (Prototype de reproduction rapide), qu’il a abrégé en RepRap, pensant que personne n’avait utilisé le terme jusque-là… Il s’est avéré qu’il avait tort. On utilise le terme de RepRap en océanographie, et les océanographes ont désormais beaucoup plus de mal à avoir des résultats de recherche pertinents quand ils saisissent le terme sur Google, ou à donner de la visibilité à leurs recherches.

Tels sont les problèmes qui attendent ceux qui cherchent un nom de marque ou de produit, et l’expansion internationale apporte son propre lot de difficultés. C’est là, aussi, que des traducteurs peuvent apporter leurs services : ils peuvent servir de consultants pour dire si le nom est déjà pris dans un pays particulier, s’il signifie quelque chose dans le langage cible et si oui, quoi. Par exemple, les hennés de Lush dénommés Caca rouge et Caca marron ont pu faire l’objet d’un choix délibéré, s’appliquant parfaitement à leur cible, mais des Italiens, des Français ou des Espagnols auraient besoin d’une bonne dose de second degré et de confiance envers la marque pour s’en mettre sur les cheveux !

Pour finir, citons l’incomparable Terry Pratchett, qui fait dire à son officier Carrot dans Le cinquième éléphant que « quand on y pense, il n’y a pas tant de syllabes que ça. »

Italiano

Ho participato quest’estate, durante tre giorni, a un gruppo di fabbricazione di una RepRap, in oltre parole una stampante in tre dimenzioni. Abbiamo avuto il piacere d’incontrare qui Adrian Bowler, il creatore della RepRap, e Josef Prusa, il concettore del modello che abbiamo costruito. Adrian Bowler ci ha spiegato come è venuto a sceltere il nome di RepRap : cercava une nome breve, semplice e illustrativo, come la grande parte dei concettori di produtti e di ditte. Ha finalmente deciso di usare Rapid Replicating Prototype, abbreviato in RepRap, pensando che nessuno l’abbia utilisato. Se sbagliava… La parola è utilisata nell’oceanografia, e adesso gli oceanografi tengono difficoltà nel cercare il loro reprap su Google o a dare visibilità alle lore ricerche.

Tali son i problemi di cui che cercano un nome per la loro marchia o il loro prodotto. L’expanzione internationale contiene anche le sue difficoltà. Traduttori possono anche essere utili qua : possono essere cosultanti e dire se il nome sta già preso in un paese, si significa qualche cosa e cose evoca. Per esempio, i henne di Lush che si chiamano Caca rouge e Caca marron furono magari deliberamente scelti, però gli Italiani, Francesi o Spagnoli che le utilizzarono avrono una bella dosa di ironia e di confidenza per il marchio quando se le metterono sui capelli!

La conclusione sarà del grande Terry Pratchett, che fa dire a su officier Carrot in The Fifth Elephant che “quando se ne pensa, non ci sono tante sillabe da utilizzare.”

FOSDEM — > FLOSS. FLOSS = ?

Français

Le FOSDEM est le lieu de rendez-vous des développeurs européens de logiciel open source, dit FLOSS.

FLOSS
Free – libre, ou gratuit – mais tous les logiciels open source ne sont pas gratuits. L’anglais présente une ambiguïté, corrigée au terme suivant…
Libre – Emprunté aux langues romanes. Comme le dit Richard Stallman (le fondateur du mouvement Open Source pour les PC), « think free as in free speech, not free beer »). N’est pas non soumis aux impératifs de rentabilité des entreprises. Chez la communauté FLOSS, les gens passent avant tout, du moins c’est l’idée.
Open source – le code-source est disponible et peut être enrichi ou corrigé par les utilisateurs.
Software – Logiciel. Celui-là n’est pas très difficile 😉

Intriguée par les kilts arborés par certains visiteurs, j’ai appris que la communauté Debian avait créé son propre tartan. En ce moment, je lis un essai d’ethnologie sur cette communauté, qui présente le modèle juridique de l’open source et du copyleft.

English

FLOSS
Free – free as in free speech, but also as in free beer, to paraphrase Richard Stallman, the founder of the Open Source movement for PCs – the English word’s ambiguity is suppressed by the next term…
Libre – Borrowed from Romance languages. Not submitted to corporations’ profit imperative. People come first in the FLOSS community, at least that’s the idea.
Open source – Source code is available and can be improved or fixed by users.
Software – This one is self-evident 😉 

I was surprised to see several men wearing kilts and learnt that Debian had created their own tartan. I am reading an ethnological essay about this community now. The essay presents open source and copyleft legal models.

Italiano

FLOSS
Free – libero o gratis – ma tutti i software open source non vengono gratis. C’è nell’inglese un’ambiguità che viene corretta nella parola seguente…
Libre – Dalle lingue romane. Come lo dice Richard Stallman (fondatore del movimento Open Source per i PC), « think free as in free speech, not free beer »). Non è sottomesso ai imperativi di rentabilità delle ditte – bè, almeno è il concetto.
Open source – il codice fonte è disponibile, si può arrichiare o corrigere dai utenti.
Software – Questo non ho bisogno di spiegare 😉 

Fui sorpresa di vedere alcuni uomini con un kilt. Ho scoperto che la comunità Debian ha creato su proprio tartan. Sono leggendo un saggistica etnografico su questa comunità, il modello giuridico dell’open source e del copyleft.